Guido
Guidi
PENSER
AVEC LES YEUX 2
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Repères et enchaînements à travers le temps "Allons
penser", disait Scarpa en entraînant ses élèves
jusqu'à la table à dessin. Le dessin et la photographie
son deux moyens très différents de réfléchir
sur une même chose, et deux moyens très différents
de la représenter - et l'un peut éclairer l'autre. Commençant
par l'élévation principale du pavillon sur l'eau, à
la tombe Brion, j'ai tenté de photographier la même chose
avec un téléobjectif, de face, pour obtenir le même
point de vue que celui du dessin de Scarpa. En comparant le geste du maître
avec mon imitation j'ai noté que deux tesselles du mur s'élevant
derrière - l'une claire, l'autre foncée: le positif et le
négatif, la vie et la mort - apparaissaient dans les petites ouvertures
binoculaires placées au centre du pavillon, à l'endroit
même où dans le dessin on voit les yeux d'une jeune femme.
Je connaissais bien la tombe Brion. J'avais souvent visité le chantier
et vu les dessins de Scarpa au moment de la conception du projet. Mais
ce que je venais de découvrir me montrait à quel point les
rapports symboliques pouvaient y être complexes et secrets. La photographie,
peut-être, saurait dévoiler les énigmes de Scarpa,
sa manière de penser avec les yeux - les "yeux" du pavillon
sur l'eau, la forme binoculaire qui invite le visiteur à regarder
vers la tombe au delà du plan d'eau. Je ne voulais pas photographier
uniquement les choses construites par Scarpa, mais aussi certaines des
choses qu'il avait "vues". À Palerme, au palais Abatellis,
le voile couvrant le front de la Vierge de l'Annonciation d'Antonello
évoque le contour des cercles réunis du pavillon sur l'eau,
à la tombe Brion. Le tableau étant placé en diagonale,
il est possible de tracer une ligne imaginaire qui, passant par les yeux
de la Vierge et les motifs correspondants du remplage ornant la porte
qui lui fait face, relie la Nativité, qu'on voit au mur derrière,
à une Crucifixion, qui est exposée dans la salle voisine.
On comprend alors que les fragments d'architecture de Scarpa ne sont pas
que des objets à regarder, ce sont des lieux que doit traverser
le regard, des lieux à partir desquels on peut "voir".
À propos d'un aménagement d'exposition de Scarpa, Bruno
Zevi parle de "fragments superbes d'un discours non formé(2)".
Je dirais plutôt ici: un discours "évasif". (2)-Bruno
Zevi, " Di qua o di là dell'architettura ", dans Francesco
Dal Co et Giuseppe Mazzariol(dir.),
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